Entre un nouveau Cosi mis en scene par Kiarostami, Za'ide par Sellars, la suite du Ring, ou Une creation de Dusapin, Haendel aura aussi sa place a Aix-en-Provence : Belshazzar a ete donne en avant-premiere au Staatsoper de Berlin.
Belshazzar mis en scene ? Haendel nous a livre si peu d'operas, et mineurs, si souvent a l'affiche...Mais l'idee ne date pas d'hier, le choeur de Ses oratorios offrant une grandeur et une variete dramaturgiques faciles qui, aujourd'hui comme dans les annees 1920, rassurent ceux que deroutent les codes et le a « rythme affectif » de l'opera baroque. Belshazzar prendra donc la suite a Aix-en-Provence de son plus celebre jumeau Hercules (ete 1744 tous deux), Rene Jacobs succedant a William Christie dans la fosse, et Christophe Ne1 a Luc Bondy.
Les limites de la nouvelle production sont moins dans Ce que l'on y voit, assez elegant, sans vaine agitation ni pretention a la relecture - le recit biblique de la chute de Babylone et de l'arrogance de sop roi trouve de lui-meme des resonances contemporaines -, que dans tout Ce
que l'on n'y voit Pas. Car au lieu d'exalter Par l'image le grand spectacle sonore concu par Haendel, la production l'inhibe dans un sobre decor unique. Modulable, certes, avec son mur en gradins coulissants, et nuance par un beau jeu de lumieres, mais peu Importe : tout s'enchaine au lieu de s'articuler par le contraste des grands tableaux detailles dans le livret pour stimuler l'imagination. L'oeuvre s'essouffle.
Confusion et naïveté
Autre problerne, insoluble : le choeur. Ou plutdt les choeurs. Haendel donne successivement la parole aux Babyloniens depraves, aux soldats de Cyrus et aux juifs captifs... tous incarnes ici Par les memes visages sur les mêmes habits. L'ceuvre a nouveau se déstructure, quand, par exemple, la juxtaposition de l'appel aux armes des Perses et du début du festin des Babyloniens, au lieu de créer le suspens, provoque la confusion — malgré kes couronnes de vignes qu'arborent les choristes pour signifier leur métamorphose. On ne gange décidément rien á cette représentation économe et naïve, qui fait sourire quand les guerriers s'écroulent au combat sans qu'on les touche. Même l`épisode clé de l'apartion de la main de Dieu traçant quatre signes mystèrieux face au souverain terrifié tombe á plat - un liquide rouge suinte des murs pour tracer des... codes-barres.
Triomphe attendu pour le RIAS Kammerchor, impressionnant, toujours nuancé, exalté. Les autres bonheurs musicaux sont plus modestes hormis le Cyrus véloce de Bejun Mehta (« Destructive war » !) et le noble Gobrias de Neal Davies. L'Akademie für alte Musik, nerveuse, oublie de chanter — est-ce vraiment ce que lui demande René Jacobs? Drôle d'idée de confier au délicat Kenneth Tarver, idéal Ottavio, les vices néroniens et la tessiture du tyran &mdash, l'acteur donne le change, le chanteur n'y parvient jamais. Rosemary Joshua est touchante et papillonne sans effort dans les « Leafy honours » de Nitocris, ce qui est déjà beaucoup. Lui manquent l'autorité et la ligne de cette femme déchirée entre son amour pour son fils et la conscience de ses crimes, seul véritable personnage (et le plus présent) de la fresque imaginée par Haendel pour échapper aux conventions de l'opéra... qui le rattrapent ici.